Je m’appelle Rubel ALI, je suis né le 31 août 1998 à Sylhet au Bangladesh. Je suis arrivé en France à l’âge de 16ans. Demain, je vais quitter Granville pour vivre une nouvelle aventure à Paris où je rejoindrai mon ami et compatriote Hassan AHMED. Comment s’est déroulé mon parcours depuis mon arrivée en France ?
Après quelques heures passées à Saint Lô, je suis arrivé à Granville le 14 juillet 2014. Dans le bus, je regardais le paysage « à gauche, à droite », je découvrais les vaches normandes et je m’interrogeais : « je vais où ? ». Je n’étais jamais sorti de mon pays et je n’avais jamais voyagé sans mes parents.
A la sortie du bus, j’étais accueilli par ma famille d’accueil et un responsable du Centre Médico Social. J’ai vécu deux ans dans la famille de Magali, à Granville puis à Coutances. Petit à petit j’ai appris à apprécier la nourriture française. Je me souviens de mon premier repas : cabillaud avec du riz… mais sans épices. Je n’avais jamais mangé sans épices et sans sauce. La famille me respectait, je pouvais pratiquer ma religion sans problème. Quelquefois même, Christophe, le mari de Magali, m’interpelait : « Rubel, tu n’as oublié de faire ta prière ! »
J’ai fréquenté l’association des Mots Bleus dès le 19 juillet, soit cinq jours après mon arrivée. Hassan m’a présenté les « profs » : il y avait Nicole, Catherine et Annick. Malgré l’aide de l’anglais, c’était vraiment compliqué d’apprendre cette langue étrangère et étrange : le Français. Hassan travaillait avec Jacques et j’assistais à ses cours. Fin septembre, je suis rentré au collège Malraux : « c’était encore bizarre ». Je ne connaissais personne et je ne comprenais pas les profs, excepté en maths et en anglais. En récréation, j’étais un peu l’attraction : les jeunes collégiens me harcelaient de questions : « Pourquoi tu es là, d’où viens-tu etc… ? ». Pourtant, grâce aux cours particuliers, j’ai obtenu le Brevet des collèges.
Je suis entré dans le monde du travail, apprenti cuisinier au restaurant « La Ferme » à Agon-Coutainville. J’appréciais le travail quand il y avait beaucoup de clients car j’étais actif. Mais je m’ennuyais lors des périodes creuses. J’ai trouvé des collègues sympas et solidaires. J’aurais préféré choisir une formation de mécanicien auto ou d’électricien, mais c’était plus facile de trouver du travail en cuisine. En parallèle, je préparais le CAP au groupe FIM à Saint Lô. J’appréciais d’étudier avec des jeunes de mon âge et j’y ai fait des bonnes rencontres. Ainsi, j’ai eu mon CAP de cuisinier.
Grâce à ma situation professionnelle et scolaire, je n’ai pas eu de difficulté à obtenir ma carte de séjour avant mes 18 ans.
Pendant deux ans, j’ai préparé le BP (Brevet Professionnel) avec l’aide de Christine, une bénévole des Mots Bleus, habitant à Regnéville. Au bout de la première année, je voulais arrêter la formation car le niveau d’études me paraissait trop difficile. Mais je me suis accroché, soutenu par mon patron, ma famille d’accueil et le responsable du FJT (je logeais à l’époque au FJT d’Agon-Coutainville) et j’ai réussi.
A la fin du contrat CDD, j’ai quitté « La Ferme » le samedi 31 août 2019 et le dimanche 1er septembre, je travaillais à la Régate à Granville. J’ai travaillé 4 ans chez Monsieur Prime. Mais « entre deux, j’ai fait autre chose ». D’abord j’ai obtenu la nationalité française et puis je suis parti 5 mois au Bangladesh. Je me suis marié au pays le 11 novembre 2022. J’ai repris le travail, puis mon collègue Hassan est parti et je me suis retrouvé « chef de la brigade ».
Après huit années passées en Normandie, en cuisine, j’ai besoin de changer d’air, de vivre une autre expérience, muni de mes diplômes et d’un bon CV. Je pense que grâce à l’aide des bénévoles des Mots Bleus, de mes collègues et de mes efforts, j’ai réussi à m’intégrer à la société française sans pour autant perdre mon identité bengalaise.
Rubel Ali. Témoignage recueilli par Monsieur Jacques.



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